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3 questions à

Rachid Arhab, "sage" de l'audiovisuel


Mercredi 18 Juin 2014 - 10:12

Rachid Arhab est un journaliste français ayant notamment œuvré sur France 2 à la présentation du journal de 13h. Spécialiste des médias, il est nommé au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel en 2007 pour un mandat qui s'achèvera en janvier 2013. Durant ces 6 années, le principal dossier qu'aura eu à traiter Rachid Arhab est sans conteste celui de la Radio Numérique Terrestre (RNT). Rencontre :


Vous avez œuvré durant 6 années au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, traitant notamment de l'épineux dossier de la RNT. Sa première phase de déploiement officiel en France est sur le point d'aboutir à Marseille, Nice et Paris, est-ce une fierté pour vous ?

Rachid Arhab lors de la séance d'ouverture du Congrès de Reims - SNRL 2012 ©Karinaphotos
Rachid Arhab lors de la séance d'ouverture du Congrès de Reims - SNRL 2012 ©Karinaphotos
Rachid Arhab : Ce n'est pas de la fierté que j'éprouve au moment où devraient être lancées les trois premières zones de la RNT. Plutôt le sentiment du devoir accompli contre vents et marées.

Pendant six ans, je n'ai qu'essayé de faire appliquer les textes prévus par le législateur... Tout en écoutant les éditeurs et opérateurs, bien divisés sur la question. Entre les retournements des uns et les réticences des autres, j'ai voulu ne pas oublier les convaincus. Ceux qui ont investi dans l'avenir numérique sans voir pendant des années le début d'un commencement.

Sans revenir sur les positions des opérateurs en 2007, je constate que le CSA lui aussi a tenu la ligne définie par la loi et par lui-même. Pas de fierté donc mais la reconnaissance que la route était la bonne puisqu'après mon départ le chantier n'a pas été fermé et qu'apparemment les zones annoncées en janvier 2013 sont sur le point d'être allumées.

En dépit du silence actuel du CSA, du ministère de la Culture et du législateur sur le sujet, une centaine d'éditeurs se prépare à franchir cette étape dans quelques jours, malheureusement sans les principaux groupes privés et publics, quel regard portez-vous sur cette situation ?

Rachid Arhab : N'étant plus membre du CSA, ne connaissant pas sa position officielle et n'ayant pas été informé ou consulté depuis mon départ, je n'ai pas à juger de son action actuelle. La loi de 2009 n'ayant pas été modifiée, il ne m'appartient pas non plus de commenter son éventuel non respect. C'est au législateur de répondre à cette question.

En revanche, je me sens engagé vis à vis de ceux que j'ai convaincus pendant mon mandat et qui doivent bénéficier de la continuité garantie par toute institution publique.

Pendant mon mandat, la majorité du Conseil m'a suivi et soutenu, ce qui nous a permis de laisser un chantier prêt à être livré. Bien évidemment, les nouveaux architectes peuvent changer l'agencement des pièces mais sans oublier ceux qui avaient acheté sur plan...

Concernant les grands opérateurs absents désormais, je rappelle simplement qu'ils étaient les plus pressés de voir arriver la RNT quand j'ai pris le dossier en main. Beaucoup ont changé d'avis depuis. J'espère qu'ils trouveront des solutions alternatives et que le monde de la radio réussira enfin son tournant numérique.


Pierre Montel, Rachid Arhab et Jean-Marc Ayrault réunis autour de la RNT à Nantes
Pierre Montel, Rachid Arhab et Jean-Marc Ayrault réunis autour de la RNT à Nantes

Aujourd'hui les radios de catégorie A, sans nouvelle ressource, se trouvent bien isolées et hésitent parfois à franchir le cap de la RNT, êtes-vous toujours convaincu que c'est la solution d'avenir pour la radio en France et notamment pour les radios associatives locales ?

Rachid Arhab : À mon arrivée au CSA, les radios de catégorie A étaient en majorité méfiantes vis à vis de la RNT, craignant alors de disparaître dans le monde numérique. Il a fallu la force de conviction des représentants syndicaux des associatives, mais aussi la volonté partagée par mon collègue Alain Méar et moi-même de rappeler notre attachement à une juste représentation de cette catégorie - telle que prévue par les textes législatifs d'ailleurs - pour persuader les plus réticents.

La création des multiplexes associatifs est la meilleure preuve que ce segment de radios n'est pas destiné à vivre aux crochets des opérateurs nationaux dans un monde numérique. Les expérimentations menées à Nantes ont fini de convaincre que le modèle économique des "Catégories A" est parfaitement compatible avec un passage au numérique hertzien.

Pour la première fois depuis la libération des ondes en 1981, les associatives ont participé au débat technologique et y ont même apporté des réponses originales. La RNT a été pour elles une opportunité de prouver que les catégories A, en plus de leur rôle social, ont désormais une dimension économique garante de leur avenir.

Le passionné de radio que je demeure, l'auditeur lambda que je suis redevenu, l'ancien conseiller qui a essayé d'harmoniser les contraires espèrent toujours que la numérisation sera la défense d'un secteur qui continue d'être un espace démocratique et régulé pour que la radio reste libre.