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« La déontologie journalistique au secours de la démocratie »


Dimanche 1 Février 2026 - 14:53

Ce colloque organisé par le CDJM (Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation) récemment au CESE à Paris a accueilli à sa tribune, Claire Hedon, défenseure des Droits, Thomas Hochmann, juriste, Arnaud Esquerre, sociologue, le journaliste Thierry Keller, Arnaud Mercier, chercheur, Magali Lafourcade, présidente du comité d’éthique et de déontologie du Groupe Le Monde, Nina Fasciaux, responsable Europe de « Solutions Journalism Network »


Devant un public de journalistes de toutes générations, ce qui fait l’union de tous les présents se retrouve dans cette formulation d’Hannah Arendt : « Les faits sont la matière des opinions et les opinions inspirées par les différents intérêts et différentes passions peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu'elles respectent la vérité des faits »

Voici quelques thèmes et approches qui ont été abordés et qui peuvent susciter des réflexions dans les rédactions de radios libres :

La déontologie journalistique est une condition fondamentale de la liberté d'expression et de la vitalité démocratique. En tant que protecteurs de la démocratie, la presse et les médias, guidés par leur éthique, assument un contrôle des pouvoirs, assurent le pluralisme et une citoyenneté éclairée. Loin d'être une restriction, l'établissement de règles déontologiques (exactitude, respect des personnes, le contradictoire) est une nécessité pour garantir la fiabilité des faits, qui est la base du débat public. Face à une crise de confiance (31% de confiance du public selon le CEVIPOF) et la montée des réseaux sociaux, la fonction principale du journalisme est de s'établir comme un tiers de confiance. L'éthique, en assurant la crédibilité via la vérification, la transparence et la rectification des erreurs, est le rempart contre la désinformation.

La démocratie ne se limite pas aux élections mais inclut la liberté de la presse, un pilier protégé par la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme. Sans elle, il n'y a ni contrôle des pouvoirs, ni pluralisme, ni citoyenneté éclairée.

Les règles déontologiques et les limites légales (injure, diffamation, discours de haine) ne restreignent pas la liberté d'expression mais en sont une condition nécessaire pour un débat sain. L'argument du "on ne peut plus rien dire" est une rhétorique visant à décrédibiliser ces protections. La liberté d'expression s'est en réalité accrue avec le numérique, confrontant plus de gens à ses limites légales.

Face à une faible confiance du public et la concurrence des réseaux sociaux non soumis aux mêmes règles, l'application stricte de la déontologie (Charte de Munich) est la seule réponse pour restaurer la crédibilité. 

La liberté éditoriale, essentielle au pluralisme, doit s'exercer dans le respect des faits établis. La confusion entre information et opinion, la mise en scène de la controverse et la simplification excessive alimentent la défiance.

Les journalistes font face à de multiples pressions (hiérarchiques, politiques, économiques) qui les placent en conflit avec leur déontologie. Celles-ci incluent la censure, la commande de sujets orientés, la couverture biaisée de certains territoires ou le traitement de sujets sensibles. Le statut précaire de certains acteurs de l'information, comme les correspondants locaux, accentue ces problèmes. Face à ces défis, les participants à ce colloque du CDJM affirmaient l'importance de l'éthique, de la connaissance du terrain, de la représentativité des rédactions et du choix rigoureux de la terminologie pour garantir une information crédible.


Plusieurs institutions et cadres légaux encadrent le journalisme et la liberté d'expression. L'institution du Défenseur des droits joue un rôle clé dans la protection des droits des citoyens, y compris la liberté de la presse. L'Arcom est chargée de réguler l'audiovisuel, mais son efficacité fait l’objet de divergences. La loi Bloch de 2016 sur les chartes déontologiques est jugée insuffisante. Un consensus émergeait parmi les participants sur la nécessité de mieux appliquer les lois existantes, comme celle sur la presse de 1881, plutôt que de les réécrire, et de renforcer les mécanismes d'autorégulation.

Face aux défis constatés, plusieurs pistes concrètes sont proposées pour renforcer la déontologie et la qualité de l'information. Celles-ci se concentrent sur l'autorégulation, le renforcement des mécanismes internes aux rédactions et une meilleure utilisation des leviers légaux et économiques existants. La progression doit passer par la pédagogie et le dialogue plutôt que par une approche punitive, qui risquerait d'ouvrir la porte à la censure.

Les structures encadrant le journalisme (carte de presse, organismes de régulation) semblaient obsolètes à une bonne partie des participants face à l'évolution rapide du paysage médiatique, notamment la montée des médias algorithmiques (utilisés par 54% des moins de 25 ans) et des créateurs de contenu. La situation actuelle présente des parallèles avec celle de 1935 qui a mené à la loi Brachard, et pose des questions de régulation et de moralisation du métier face à la confusion avec les influenceurs. La profession doit se réinventer en capitalisant sur ses qualités humaines uniques, comme l'écoute active, la curiosité et la nuance, pour se différencier des réseaux sociaux qui jouent sur l'émotion. Ces compétences, souvent insuffisamment enseignées, répondent à une attente du public et sont un vecteur de confiance.

Éric Lucas

Pour en savoir plus :

Sur le CDJM : https://cdjm.org/

La représentante du SNRL au CDJM est Véronique Boulieu de Radio Couleurs à Bourgoin-Jallieu