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AMARC Asie-Pacifique III : Park Won-soon, le Gouverneur de Séoul s'engage auprès d'Emmanuel Boutterin


Mercredi 8 Janvier 2014 - 14:05

C'est à occasion de la 3ème assemblée régionale asiatique de l'AMARC que le nouveau maire de Séoul a souhaité s'enquérir des modèles de radios associatives auprès d'Emmanuel Boutterin, notamment sur le dispositif du FSER et de la Loi de 86. Le Vice-Président Exécutif de l'AMARC a appelé une évolution de la législation coréenne en faveur des radios, et une orientation volontariste de l'aide coréenne au développement des médias communautaires dans les zones rurales insulaires des Philippines et des Iles du Pacifique


Il y a deux ans, à Séoul, 3ème métropole mondiale devant New York, une majorité des 26 millions d'habitants choisissaient comme Maire un avocat activiste, Park Won-soon, spécialisé dans la défense des droits de l'homme qui avait été jeté en prison par le père de l'actuelle... Présidente de la République, la "Dame de fer" Park Geun-hye, fille de l'ancien dictateur Park Chung-hee.

Ce Maire atypique, fondateur d'une association d'experts "Solidarité Populaire", a décidé de faire de Séoul, cette mégalopole ultra productiviste, un modèle de politique sociale et de gestion participative. Il a notamment ouvert sa Mairie, le siège central du gouvernement métropolitain, immense building de verre et d'acier, aux étudiants et aux start-up, mais aussi aux habitants de toutes conditions qui peuvent s'y chauffer, s'y cultiver et y trouver des produits du commerce équitable issus du monde entier. C'est en ces lieux que Park Won-soon a invité les radios communautaires de l'Asie et du Pacifique à tenir leur 3ème Congrès régional.

Les dirigeants des radios communautaires d'Asie et du Pacifique rassemblés à Séoul

Au début du mois de décembre 2013, près de 300 responsables et militants de la radiodiffusion associative ont pu échanger, coordonner et orienter leurs activités : les radios communautaires montagnardes du Népal essentielles à la réforme agraire et à la "démocratie nouvelle" ; celles de l'Inde, vecteurs de l'éducation féminine dans les zones rurales, confrontées à la marche forcée vers la diffusion numérique ; celles du Bangladesh et celles des Philippines dont le rôle et la mobilisation à l'occasion des derniers désastres climatiques a été salué ; les radios de Thaïlande et d'Indonésie avec leur rôle dans le planning familial ; celles des Îles du Pacifique et d'Australie, avec leurs programmes en faveur des langues aborigènes,... autant d'activités médiatiques pérennes aujourd'hui soutenues par les gouvernements et l'aide internationale, notamment coréenne et japonaise, comme l'a souligné le Gouverneur de Séoul dans une allocution remarquée.

Emmanuel Boutterin a appelé les cadres-dirigeants présents à renforcer les radios dans les zones rurales, les zones de montagne et insulaires. Le Vice-président exécutif a également offert l'assistance de l'AMARC sur les projets relatifs au développement de l'agriculture vivrière, de la pêche, du planning familial, de la sécurité des populations. Il a souhaité que les radios communautaires, notamment celles de l'Inde et de Corée, se saisissent de l'actuelle mutation digitale pour renforcer la présence des radios communautaires sur toutes les bandes de fréquences.

Emmanuel Boutterin et Park Won-soon
Emmanuel Boutterin et Park Won-soon

Des cordonniers fort mal chaussés !

Ce sont justement les 2 pays parmi les plus développés de la zone, le Japon et la Corée du Sud, qui trainent des pieds et refusent de faire avancer la législation en faveur des radios à but social et non-lucratif. Un paradoxe ? Pas forcément : le poids des sociétés, à la fois conformistes et très consuméristes, fait qu'il est difficile de convaincre le législateur de donner au secteur non-lucratif une part significatif des fréquences trustées par les éditeurs commerciaux. Ce sont eux qui ont été les premiers servis lors des libéralisations successives.

A l'occasion d'une rencontre privée, Park Won-soon et Emmanuel Boutterin ont librement pu évoquer les grandes lignes d'une évolution de la législation coréenne, partant d'un constat partagé : les radios locales à but non-lucratif sont une huitaine en Corée et leur puissance d'émission est confinée à moins de 50 watts, alors que les radios commerciales sont autorisées entre 2 et 15 Kw. Il n'en existe qu'une seule sur la mégapole, Radio Mapo, dont l'émetteur penne à franchir la barrière des gratte-ciels. Autant dire : rien. En dépit du soutien politique de la Ville de Séoul, sur le plan législatif, tout reste à faire.

Des pays en construction montrent la voie pour bâtir un fort secteur de l'économie sociale dans l'audiovisuel

L'accueil par Séoul de la 3ème Conférence régionale de l'AMARC Asie-Pacifique est le signe d'un engagement fort d'une collectivité territoriale volontariste, face à un pouvoir particulièrement crispé qui détient seul la clé du changement législatif en faveur des radios de l'économie sociale en Corée.

En citant en exemple le Bagladesh et sa puissante fédération BNRC (Bangladesh Network for Radio and Communication), avec laquelle le SNRL entretient de fortes relations, notamment dans le cadre du World Radio Day ; en citant également le Népal représenté par une délégation de 30 radios rurales composée à parité d'hommes et de femmes de l'ACORAB (Association of Community Radio Broadcasters), Emmanuel Boutterin a volontairement insisté sur la construction des rapports de force au plan national afin de faire évoluer les législations, de renforcer l'indépendance des régulateurs, et de trouver la voie des compromis nécessaires avec les services publics de radio et les radios commerciales dans la gestion équitable du spectre hertzien.