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Audiovisuel & Technologies

La Radio Numérique Terrestre a de l'avenir !


Mercredi 11 Décembre 2013 - 16:47

Suite aux annonces faites lors des Assises de la Radio, organisées conjointement, le 25 novembre dernier, par le CSA et le Ministère de la Culture et de la Communication, le SNRL s’inquiète des mauvaises conditions dans lesquelles la RNT sera lancée en 2014. Restons proactifs en dépit des embûches et autres difficultés qui continuent de jalonner le chemin qui nous mènera à la RNT !


Difficile de rester mobilisés suite au récent débat qui a eu lieu dans le cadre des Assises de la Radio. Le Bureau de la Radio ayant confirmé son désintérêt, le SIRTI se positionnant désormais sur les dernières ressources FM restantes, la CNRA ne souhaitant pas réfléchir à l'avenir sans garanties financières préalables,...

De son côté, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel confirmait que Marseille, Nice et Paris seraient des démarrages "exploratoires", alors que les réelles expérimentations, en particulier celles de Nantes et de Lyon, fournissent des résultats concrets depuis... 2007 !

Alors qu'il est urgent de trouver un nouveau modèle en réponse aux blockbusters sur Internet qui siphonnent l'audience de la radio, une majorité d'acteurs n'envisage pas de solution alternative au modèle "internet". Or sur plusieurs aspects, celui-ci remet directement en cause l'avenir du paysage radiophonique, comme il le fait pour la presse et la télévision : dévalorisation des contenus, problèmes de régulation, fragmentation de l'audience et renversement des modèles économiques.

La Radio Numérique Terrestre a de l'avenir !

Devons-nous attendre sans rien faire ?

Se sachant menacés, devons-nous attendre sans rien faire ? Le SNRL, fidèle à ses habitudes, considère que le secteur doit être proactif et faire preuve de pragmatisme. Une piste innovante, garantissant la gratuité, la diversité et l'anonymat existe. Elle est le fruit des expérimentations que nous menons depuis plusieurs années (sur Saint-Denis, Nantes, Saint-Nazaire et bientôt Paris ; normes de diffusion, décrochage local, création d'un opérateur de multiplexe sous la forme d'une coopérative d'intérêt collectif : RadioCoop, demande d'expérimentation en RNT + 4G,...).

Nous sommes certains que cette solution peut conforter la RNT et répondre aux attentes des éditeurs et des auditeurs en matière d'interactivité et du nécessaire renouveau du média radio. Cette nouvelle opportunité peut convenir à tous les services audiovisuels et sera d'autant plus pertinente si elle est soutenue par tous.

Penser la convergence autrement

Sur le fond, il s'agit de ne plus opposer systématiquement télécom et radiodiffusion, ni webradio et radio, ni Youtube et TF1. Il faut admettre que ces domaines convergent technologiquement et dans les usages, qu'on le veuille ou non.

Penser la convergence autrement revient à regarder l'avenir non plus sur des différences technologiques mais sur une différence de régulation : d'une part un univers régulé sous la responsabilité du CSA où l'accès au spectre interactif gratuit est conditionné à des engagements d'intérêts généraux et d'intérêts culturels, et d'autre part un univers non-régulé, régit par la loi du marché et de la réglementation de l'ARCEP. Ces deux univers constitueront la communication hertzienne au public en ligne, ils ne pourront pas être étanches car ils seront basés sur les mêmes technologies et sur des usages similaires.

Une des conditions pour engager progressivement la modernisation du média radio est de croire en son avenir et d'annoncer officiellement la date de démarrage de la RNT sur Paris, Nice et Marseille et de lancer, sans attendre, de nouveaux appels en Bande III sur des zones où il y a de fortes demandes en fréquences (Caen, Dijon, Lille, Lyon, Nantes, Strasbourg, Toulouse, Valence,...). En parallèle, charge à tous les éditeurs de travailler ensemble à l'évolution du modèle actuel.

Mise à jour du 12/12/2013 : le CSA vient d'annoncer le démarrage officiel de la RNT sur Marseille, Nice et Paris le 20 juin 2014.

Si cette étape indispensable n'est pas engagée, nous courrons le risque de perdre définitivement la Bande III, comme nous avons déjà perdue une partie de la Bande L qui était destinée à la radio et, probablement dans une quinzaine d'années, lorsque tout aura basculé dans un monde numérique, la FM. Dans ce "scénario catastrophe", le CSA se retrouverait alors déchargé de l'attribution des fréquences et serait uniquement missionné sur la régulation des services audiovisuels sur des ressources exploitées en totalité par les opérateurs télécoms ou des acteurs marchands privés.

Explorer un nouveau modèle

L'attribution du spectre est donc l'enjeu majeur. Cette semaine, lors de la conférence White Space Summit qui s'est tenue à Paris du 10 au 12 décembre, des industriels  du monde entier se sont penchés sur l'avenir du spectre TV pour des usages privés télécoms, sans aucun rapport avec le monde des médias.

Ne serait-ce pas un bénéfice collectif bien plus important que de maintenir une large part du spectre sous la responsabilité du CSA pour des usages audiovisuels interactifs afin de permettre de sauvegarder toutes les valeurs de la Loi de 1986 dont le CSA est l'actuel garant ? La convergence technologique préconisée permet en effet d'occuper efficacement les "white spaces" par et pour l'audiovisuel en minimisant les risques de brouillage.

Capituler dès à présent reviendrait à suivre les tendances européennes actuelles dont on mesure d'ores et déjà l'impact quant à la protection des données personnelles et sur l'industrie des télécoms.

Comme Pierre Boucard, Délégué National du SNRL, notamment chargé des innovations technologiques, l'a annoncé le 25 novembre dernier lors de la table-ronde consacrée à l'avenir technologique de la radio, le grand défaut du média radio n'est pas l'absence de communications privées, mais l'absence d'interactivité entre les services audiovisuel et les auditeurs. Avec l'interactivité, on peut proposer d'accéder gratuitement et efficacement aux mêmes services que ceux proposés aujourd'hui par les opérateurs télécoms (podcasts, replay, participation aux émissions, diffusion de messages ciblés pour les auditeurs qui le souhaitent,...). La radio peut alors lutter par la qualité de ses contenus et services associés dans un environnement favorable.

Nous considérons que l'interactivité est possible dans un contexte régulé par le CSA préservant la diversité des éditeurs et protégeant notamment les entreprises locales de petite taille, grandes pourvoyeuses d'emplois stables, qualifiés et non délocalisables. La différence majeure avec tout ce qui se fait actuellement réside dans l'attribution de la ressource d'interactivité aux éditeurs et non-pas aux opérateurs télécoms, ni même aux diffuseurs. Les éditeurs peuvent alors contrôler le modèle qu'ils veulent mettre en place.

Le SNRL ne se contente pas de dire aujourd'hui qu'il faut lancer la RNT pour occuper le terrain en attendant une solution, il appuie une initiative de renouvellement du modèle de la radio et des médias en général : identifier un canal de distribution interactif "protégé" de la concurrence acharnée pour permettre la liberté d'opinion, la diversité, la gratuité et l'anonymat !

C'est cette approche, permettant de désengorger les réseaux 3G et 4G, que les acteurs du monde l'ESS souhaitent expérimenter, dès le printemps 2014, en la combinant au démarrage effectif de la RNT en France. Les technologies doivent désormais s'adapter aux usages et surtout pas l'inverse, dans le respect des valeurs fondatrices de notre société libre et démocratique. L'audiovisuel en 2025 pourrait alors s'intégrer pleinement dans la France numérique de demain et ainsi ressembler à ça :