3 questions à

Olivier Schrameck, président du conseil supérieur de l'audiovisuel


Dimanche 2 Novembre 2014 20:14

Issu de la promotion Malraux de l’École Nationale d'Administration (ENA), Olivier Schrameck a mené la majeure partie de sa carrière au service de l'Etat jusqu'aux plus hautes fonctions. Il a notamment dirigé le cabinet de Lionel Jospin de 1997 à 2002 lorsque celui-ci était 1er ministre. Depuis janvier 2013, il préside le CSA et est considéré par beaucoup comme l'homme fort de l'audiovisuel en France. Rencontre :


Depuis la fin de l'été, les conférences de rentrée se succèdent et les annonces sont nombreuses dans le secteur de l'audiovisuel donnant l'impression d'une rentrée particulièrement dense. Vue du CSA, comment se profile cette nouvelle saison radiophonique ?

Olivier Schrameck : La rentrée radiophonique 2014 a été en effet d’une particulière richesse pour les opérateurs et leurs organisations représentatives, ce dont je me réjouis. Pour le CSA, il s’agit de concrétiser maintenant les orientations que j’ai rappelées lors des assises de la Radio. Je veux parler bien sûr des deux sujets centraux que sont la densification de la bande FM et la réflexion du régulateur sur l’évolution du média radio.

Sur la densification de la bande FM, le Conseil a constitué un groupe de travail à la fin du printemps en s’assignant deux objectifs : la définition d’une méthode d’identification des zones de recherche et l’évaluation de nos critères de planification des fréquences, en vue de leur possible évolution. Les résultats des très nombreux échanges que nous avons eus avec les acteurs jusqu’à la fin de l’été servent actuellement à la préparation d’une consultation publique que nous lancerons dans les prochains mois. Cette consultation permettra au Conseil de mesurer précisément les attentes du secteur et de définir les voies et moyens les meilleurs pour y répondre.

Parallèlement, le Conseil continue de rechercher des fréquences et de les attribuer, notamment à travers les deux appels à candidatures qu’il vient tout juste de lancer dans les ressorts des CTA de Lyon et de Caen. Certaines zones situées dans les ressorts de ces deux CTA seront les premières concernées par les nouvelles dispositions de la loi du 15 novembre 2013 qui imposent la réalisation d’une étude d’impact préalable lorsque l’appel à candidatures est susceptible de modifier de façon importante le marché. 

Nous nous attachons donc à offrir à la plateforme FM, qui demeure le socle de notre paysage radiophonique, les perspectives de développement les plus larges possible. Pour autant, nous manquerions à notre mission de régulateur si nous nous abstenions d’accompagner et d’anticiper, en parallèle, l’évolution des modes de diffusion de la radio.
 
Nous avons donc engagé depuis plusieurs mois, en concertation avec les professionnels, une réflexion sur l’avenir de la radio numérique. Le développement de la radio sur IP, sur le web ou à travers des applications mobiles, ouvre d’intéressantes perspectives d’élargissement quantitatif et d’enrichissement qualitatif de l’offre radiophonique ; il soulève toutefois des interrogations dans la mesure où il remet en cause le modèle économique traditionnel de la FM, fondé sur l’auto-distribution. A l’inverse, la radio numérique terrestre (RNT), lancée en juillet dernier à Paris, Marseille et Nice, garantit l’accès direct des éditeurs aux auditeurs ; elle présente donc des avantages évidents mais doit trouver sa place au sein de l’ensemble des modes de diffusion aujourd’hui disponibles.
 
Nous communiquerons prochainement aux professionnels un pré-rapport sur lequel ils pourront formuler leurs observations, avant que nous ne transmettions le document définitif au Parlement.
 
Olivier Schrameck, Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. © Manuelle Toussaint

Le CSA semble afficher et assumer depuis le début de votre mandat un virage "économique" que nous ne lui connaissions pas auparavant. Cette impression est étoffée par l'étude d'impact rendue désormais nécessaire par la loi du 15/11/2013 avant toute attribution de fréquences et le séminaire économique que vous avez organisé il y a quelques semaines. Les médias qui ne relèvent pas de l'économie marchande doivent-ils s'en inquiéter ?

Olivier Schrameck : Depuis ses origines, la régulation audiovisuelle comporte deux dimensions, l’une économique, l’autre socio-culturelle, qui sont d’ailleurs étroitement liées et même indissociables. Il est vrai cependant que nous sommes actuellement dans une phase de renforcement et de modernisation du versant économique de son action.

Cette évolution est nécessaire à l’adaptation de notre régulation au contexte nouveau dans lequel elle s’inscrit : les instruments traditionnels que sont les autorisations d’usage de la ressource hertzienne, les conventions conclues avec les éditeurs ou les sanctions qui peuvent leur être infligées ne suffisent plus, dans un environnement numérique ouvert, diversifié et mondialisé à assurer le respect des principes fondamentaux de la liberté de communication. Il nous faut prendre en compte l’immersion de l’audiovisuel dans ce qu’on appelle la convergence des médias, et à cette fin développer nos capacités d’analyse des marchés, d’anticipation, d’orientation et de médiation.
 
Une telle évolution ne menace en rien les médias du secteur non marchand, de la sphère associative ou de l’économie sociale : elle ne remet nullement en cause les objectifs fondamentaux que le législateur nous a assignés, parmi lesquels figure le pluralisme, dont la diversité des opérateurs est une condition essentielle. Bien au contraire, le renforcement du rôle économique du Conseil est à mes yeux le garant d’un développement équilibré des médias audiovisuels en général, et de la radio en particulier, dans toutes ses composantes. Ce n’est pas parce que les radios associatives remplissant une mission de communication sociale de proximité exercent leur activité dans un cadre non commercial que nous ne devons pas nous préoccuper de leur situation économique et de leurs relations avec les autres acteurs de l’écosystème !

Le Congrès 2014 du SNRL se tiendra à Paris du 19 au 21 novembre prochain, pourrons-nous compter sur votre présence à cette occasion ?

Olivier Schrameck : Oui, je serai présent au congrès de Paris. Ce sera pour moi l’occasion de marquer l’attachement du Conseil à la vitalité des radios libres, qui sont l’un des piliers de notre paysage radiophonique, mais aussi de saluer le dixième anniversaire d’une organisation syndicale dont je connais le dynamisme, le professionnalisme et le souci du dialogue constructif.